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    Pour y voir clair dans le dossier de la livraison du courrier en région rurale

    Le 20 juillet 2006  -  14:30

    FFRS / Article à faire paraître en regard de la page éditoriale

    Qui parmi vous comprend les décisions prises récemment par Postes Canada en ce qui a trait à la livraison du courrier dans les régions rurales?

    De Fredericton, au Nouveau-Brunswick, à Newmarket, en Ontario, des résidentes et résidents de régions rurales, qui recevaient leur courrier dans une boîte aux lettres situées en bordure de la route, doivent maintenant parcourir de nombreux kilomètres pour aller chercher leur courrier à un bureau de poste ou dans une boîte postale communautaire. Ces personnes ne sont pas contentes. La majorité d’entre elles bénéficiaient de la livraison à domicile depuis des décennies. Certaines peuvent difficilement se déplacer pour se rendre à l’endroit où est maintenant livré leur courrier.

    Il y a également lieu de s’inquiéter de la situation si Postes Canada et le gouvernement conservateur ne font pas ce qu’il faut pour régler le problème et que les résidents des régions rurales doivent faire face aux mêmes contretemps l’hiver prochain.

    Voici en quoi consiste le problème. Dernièrement, des factrices et facteurs ruraux se sont prévalus du droit que leur confère le Code canadien du travail de refuser l’exécution d’un travail dangereux. Parmi les aspects de leur travail qui posent un risque à leur santé et à leur sécurité, il y a les dangers croissants liés à la circulation et les microtraumatismes répétés causés par les gestes requis pour livrer le courrier en utilisant la fenêtre avant du passager.

    Postes Canada a réagi en mettant fin à la livraison du courrier à des milliers de domiciles ruraux et en installant ici et là des boîtes postales « communautaires », ce qui lui permet en même temps d’accroître ses profits. Au lieu de remédier aux conditions de travail dangereuses des factrices et facteurs ruraux, Postes Canada préfère installer des boîtes postales communautaires et refiler les dangers aux résidentes et résidents des régions rurales.

    Les factrices et facteurs ruraux veulent fournir un service de livraison à domicile aux collectivités rurales, où grand nombre d’entre eux ont d’ailleurs grandi. Mais ils veulent le faire sans mettre leur santé ou leur sécurité en danger. Pour que des factrices et facteurs ruraux arrêtent d’assurer la prestation d’un service destiné aux collectivités rurales auxquelles ils appartiennent et qui leur tiennent tant à cœur, il faut que leurs conditions de travail aient été extrêmement dangereuses. Mais, à part un nombre accru de voitures circulant à grande vitesse sur les routes, qu’est-ce qui a donc contribué à rendre les itinéraires ruraux plus dangereux? Pourquoi tout d’un coup un grand nombre de factrices et facteurs ruraux refusent-ils d’effectuer une partie de leur travail?

    Avant le 1er janvier 2004, ceux et celles qui assuraient la livraison du courrier dans les régions rurales travaillaient à titre d’entrepreneurs pour le compte de Postes Canada. Ils n’étaient pas des employées et employés syndiqués. Postes Canada pouvait tout simplement faire la sourde oreille à leurs plaintes concernant les conditions de travail dangereuses ou les menacer de confier le contrat à quelqu’un d’autre. Et c’est d’ailleurs ce que faisait Postes Canada.

    En juin 2004, Postes Canada a interdit aux factrices et facteurs ruraux de conduire sur l’accotement en sens contraire de la circulation lorsqu’ils effectuent la livraison du courrier aux boîtes aux lettres rurales. Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) était d’accord avec l’employeur à ce sujet, puisqu’une telle pratique est après tout dangereuse.

    Par contre, en janvier 2006, Postes Canada leur a cette fois interdit de sortir de leur véhicule pour aller déposer le courrier dans les boîtes aux lettres rurales, faute de quoi ils feraient l’objet de mesures disciplinaires. Le STTP s’est opposé à cette directive, mais la Société n’a pas tenu compte de son point de vue. Cette nouvelle règle change tout.

    Imaginez le travail des factrices et facteurs ruraux aujourd’hui. Ils sont tenus de rouler en tout temps du côté droit de la route et de ne pas sortir de leur véhicule. Ils doivent stationner leu véhicule, détacher leur ceinture de sécurité, se déplacer sur le siège avant pour atteindre la fenêtre du passager, malgré toutes sortes d’obstructions (y compris la pile de courrier à livrer), baisser la fenêtre, s’étirer encore plus pour atteindre la boîte aux lettres, y déposer le courrier, remonter la fenêtre, revenir à leur siège en évitant de nouveau les obstacles, boucler de nouveau leur ceinture de sécurité, mettre le véhicule en marche, rouler sur une distance d’une vingtaine de pieds et répéter le même manège, de A à Z, peu importe les conditions météorologiques. Imaginez si le service à l’auto de Tim Hortons décidait tout à coup d’obliger ses clients à prendre leur commande par la fenêtre du passager. Maintenant, imaginez faire cela des centaines de fois chaque jour.

    Pourquoi les factrices et facteurs ruraux de certaines collectivités se plaignent-ils, mais pas ceux d’autres régions? Les plaintes relatives à la sécurité des travailleurs et travailleuses visent principalement les régions de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, de Newmarket, en Ontario et de Vaudreuil-Dorion, au Québec. Quelques factrices et facteurs ruraux de la Colombie-Britannique ont également exercé leur droit de refuser d’effectuer un travail dangereux. Cette situation s’explique par le fait que Postes Canada n’applique pas ses normes de manière uniforme à la grandeur du pays. La gestionnaire de Mount Pearl, à Terre-Neuve, n’administre pas son installation postale de la même manière que son homologue de Dauphin, au Manitoba. Et en Saskatchewan, par exemple, il est encore permis de conduire du côté opposé de la circulation.

    Les choses sont peut-être tranquilles en ce moment dans l’Ouest et dans le Nord du pays, mais que se passera-t-il si une factrice rurale de Terrace, en Colombie-Britannique, se fait imposer des mesures disciplinaires pour être sortie de son véhicule afin de livrer du courrier et que soudainement 300 travailleurs et travailleuses déposent des plaintes en matière de sécurité dans cette province? Nous devons rapidement établir des solutions nationales adaptées aux particularités locales, et le STTP travaille avec Postes Canada à cette fin.

    De toute manière, Postes Canada est tenue d’effectuer une évaluation annuelle de tous les itinéraires. Elle pourrait prendre une partie des profits qu’elle a réalisés l’an dernier (199 millions de dollars) et les utiliser pour améliorer la sécurité des itinéraires ruraux. Ou encore, le gouvernement fédéral pourrait retourner une portion des 440 millions de dollars que Postes Canada lui a versés à titre de dividendes au cours des dix dernières années et ce montant pourrait servir à maintenir la livraison à domicile au plus grand nombre de résidents ruraux que possible.

    Ce ne sont pas les solutions qui manquent, et un grand nombre d’entre elles sont fort simples. Pour améliorer la sécurité de n’importe quel itinéraire rural, on peut notamment prendre les mesures suivantes : déplacer la boîte aux lettres à un endroit qui ne posera aucun risque pour la factrice ou le facteur; autoriser de nouveau les factrices et facteurs à sortir de leur véhicule, dans la mesure où ils peuvent le faire en toute sécurité; permettre l’utilisation de véhicules munis d’un système à conduite double (comme ceux utilisés dans les cours de conduite) ou de véhicules avec conduite à droite (comme ceux utilisés par le service postal aux États-Unis); réduire les limites de vitesse; etc.

    Avec des profits de plus d’un milliard de dollars au cours des 11 dernières années, Postes Canada peut se permettre quelques-unes de ces options, surtout que la loi l’oblige à élargir la somme des services postaux, tout en faisant ses frais et en veillant au maintien de bonnes relations de travail.

    La Société canadienne des postes semble beaucoup plus préoccupée par l’idée de réaliser des profits, que par le travail pour lequel elle a été créée au départ, soit offrir des services à la population. De plus, Postes Canada n’a pris aucun engagement clair à l’égard des résidents ruraux qui ont perdu le service de livraison à domicile. Et que le gouvernement fédéral n’ait pratiquement rien dit quant à ses intentions dans ce dossier n’aide certainement pas les choses. Son silence a été entendu très clairement dans toutes les régions rurales du Québec et du Canada.

    Deborah Bourque
    Présidente nationale
    Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP)

     

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