À l’approche du Ramadan, rappelons-nous que « Causer du tort à l’un d’entre nous, c’est causer du tort à tous »

Share This

Vendredi 3 Mai 2019
2015-2019/530

L’islam n’est pas notre ennemi. Des gens généreux qui ont la foi ne sont en rien un fardeau. Au lieu de s’en prendre aux personnes pratiquantes, il faut dénoncer l’ignorance, la stupidité et la haine. Il faut que cessent les attaques comme celles perpétrées contre les juifs dans une synagogue en Californie et à Pittsburgh, contre les chrétiens dans une cathédrale du Sri Lanka, et contre les musulmans dans des mosquées à Québec et en Nouvelle-Zélande.   

Cultiver la haine n’est pas le fruit du hasard, surtout à une époque d’incertitude et de confusion croissantes, où les milieux de la finance sont libres d’agir à leur guise. Les rares victoires des travailleurs et travailleuses, qui durent un temps, n’empêchent pas la déshumanisation et l’isolement du travail. Malgré ce constat, nous, travailleurs et travailleuses des postes, accomplissons notre travail et permettons aux gens d’être en lien de multiples façons. Unis, nous formons une main-d’œuvre plurielle et forte. Notre pouvoir repose sur la solidarité.     

Choisir de respecter la foi spirituelle de nos membres n’est pas synonyme d’appui ni de dénigrement de qui que ce soit. Nous mettons en lumière le principe qui unit les êtres humains de toute confession, et qui consiste à traiter son prochain avec respect et dignité. Il semble à propos d’indiquer que le ramadan commence le 6 mai. Un grand nombre de nos confrères et consœurs de travail profiteront de cette période pour se recueillir dans la prière tout en travaillant à nos côtés et en jeûnant du lever au coucher du soleil.     

Pour les musulmans, le ramadan diffère des autres mois. Il s’agit d’un temps de privation et de réflexion dans le but de devenir une personne meilleure, qui accepte l’autre, qui marche humblement sur terre et qui fait preuve de bienveillance, et dans le but d’enrayer la cupidité et la gratification personnelle aux dépens des autres (et de soi-même). Cette réflexion permet de se préparer au reste de l’année, et elle rappelle aux autres croyants qu’il est possible de changer pour le meilleur intérêt de ses proches, de sa collectivité et de soi-même. Nous pouvons choisir ce temps de l’année pour tenter de transmettre à notre monde troublé les valeurs de paix et d’honneur des gens de foi.    

Même si nous ne sommes pas de confession musulmane, pourquoi ne pas se mettre au défi d’épauler les gens qui pratiquent cette foi? Au lieu de nous accrocher aux valeurs fabriquées pour nous diviser, soulignons celles qui nous unissent.  

Une réflexion approfondie révèle des liens troublants entre, d’une part, l’islamophobie (racisme à l’endroit des musulmans) et, d’autre part, l’impérialisme et le colonialisme, qui constituent encore le mode de fonctionnement du Canada. Nous nous racontons des histoires et des mythes sur l’inclusion, mais nous diabolisons et excluons les musulmans. La racialisation est au service d’intérêts bien précis du capitalisme, du colonialisme, de la politique et de l’économie.

Elle engendre souffrance et ignorance. Le racisme en général et l’islamophobie en particulier doivent être considérés comme un outil fabriqué et utilisé par les élites au pouvoir. 

Pour contrer le racisme, nous pouvons lui opposer une solidarité plurielle et une politique qui établit le lien, ici même, au Canada, entre le racisme et les attaques contre les musulmans, les juifs et toutes les personnes qui pratiquent leur foi, et le système qui nous traite comme des êtres jetables.

Pourquoi ne pas faire preuve de gratitude, de respect et de dignité les uns envers les autres? Nos lignes de piquetage et nos luttes ont une force accrue quand notre pluralité s’exprime d’une même voix et que nous adhérons à des valeurs communes. L’unité n’a rien à voir avec la charité. Elle se traduit plutôt par une solidarité bien ancrée devant l’injustice, qui que nous soyons. L’unité nous apporte force et pouvoir. La division n’est profitable qu’aux oppresseurs.    

Nous sommes de tout cœur avec ceux et celles qui ont perdu un être cher à cause de ce jeu cruel de blâme et de haine. Il ne fait aucun doute que certains se serviront de la tuerie perpétrée au Sri Lanka pour mettre l’islam au banc des accusés. Si c’est le cas, faut-il tenir les chrétiens responsables des crimes d’Adolf Hitler ou de ceux de Timothy McVeigh, responsable de l’attentat d’Oklahoma City? De tels gestes sont commis par des gens à l’esprit dérangé, en colère à cause d’une société inégalitaire où naissent des extrémismes terribles qui retirent tout sens à la vie. Si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous devons constater le silence de la société devant des génocides perpétrés en Afrique et dont la presse ne fait pratiquement pas mention. Il semble que la vie de certains ait une valeur supérieure à celle des autres. Quand des Juifs sont assassinés parce qu’ils sont juifs, que des Palestiniens meurent du fait qu’ils sont palestiniens, que des Autochtones sont jetés en prison du fait qu’ils sont autochtones et que des gens d’ascendance africaine sont contrôlés, harcelés et punis parce qu’ils sont noirs, nous avons l’obligation de nous demander qui tire parti de telles pratiques. Qu’en est-il de la justice et de la vérité? À qui et à quoi attribuer le terrible écart de richesse, la pauvreté, le patriarcat et les inégalités qui définissent notre monde?

En tant que travailleurs et travailleuses des postes et en tant qu’êtres humains, sommes-nous en mesure de renforcer nos valeurs d’égalité, de décence et de solidarité en milieu de travail? Est-il possible d’envisager un avenir où la collectivité, nos enfants et nos petits-enfants seront enfin débarrassés de l’ignorance, de la haine et de la violence qui nous divisent et qui permettent à nos ennemis de même qu’à la philosophie des grandes entreprises et au colonialisme de nous exploiter?

Les travailleurs et travailleuses des postes fournissent un service d’importance. Ne laissez personne nous diviser. Les puissantes sociétés transnationales et la cupidité érigée en système engendrent des catastrophes dans le monde du travail et dans la société à un rythme alarmant.      

En terminant, à l’approche du ramadan, nous tenons à offrir nos meilleurs vœux à l’ensemble de nos consœurs et confrères musulmans. Faisons preuve de gentillesse et de dignité, et profitons de l’occasion qui nous est offerte pour exprimer notre humanité et notre gratitude à tous ceux et celles qui luttent pour voir s’améliorer leur sort et la marche du monde.   

 

Solidarité, 

Dave Bleakney
2e vice-président national