Faire de Postes Canada la banque de l’avenir au pays

Share This

Vendredi 25 Octobre 2013

La semaine dernière le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) a procédé au lancement public de sa campagne visant à faire pression sur Postes Canada pour qu’elle se tourne vers la prestation de services bancaires. Cette proposition représente, pour Postes Canada, une occasion en or d’étendre ses activités et d’innover grâce à la prestation de services financiers de qualité, ce qui lui permettrait d’assurer sa réussite financière à long terme.    

Il est regrettable de constater que, jusqu’ à maintenant, Postes Canada s’est montrée réticente à étudier sérieusement cette proposition. Face à la diminution des volumes de courrier, elle préfère envisager la réduction des services et la livraison du courrier un jour sur deux. Fait tout aussi regrettable, le récent rapport du Conference Board du Canada sur l’avenir du service postal au pays rejette la pertinence de la prestation de services financiers comme option valable pour assurer l’avenir de Postes Canada. À ce sujet, le Conference Board souligne que, vu son secteur financier déjà très développé, le Canada n’a pas besoin d’une banque postale.

Il s’agit toutefois d’une position plutôt douteuse de la part du Conference Board, dont le conseil d’administration se compose, entre autres, du PDG de Postes Canada, Deepak Chopra. Pourquoi? Parce que de nombreux pays ayant un secteur financier très développé se sont dotés avec succès d’une banque postale, et aussi parce que de nombreux segments de la population du Canada sont mal desservis par les institutions financières traditionnelles. 

Le Royaume-Uni, la France, l’Italie, la Nouvelle-Zélande et la Suisse sont tous des pays qui se sont dotés d’une banque postale. Dans le cas de la Suisse, une récente étude réalisée par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) observe avec justesse que PostFinance, « qui est entièrement détenue par l’administration postale nationale, est un chef de file en matière de virements de fonds et l’une des plus grandes banques nationales dans un pays pourtant reconnu pour son secteur bancaire privé. »

Cette même étude souligne aussi qu’on estime qu’entre 3 % et 8 % de la population du Canada n’ont aucun compte bancaire, ce qui représente, selon l’estimation la plus prudente, près d’un million de personnes. En fin de compte, ce nombre n’est pas étonnant compte tenu du fait qu’entre 1990 et 2012, environ 1 700 succursales bancaires ont fermé leurs portes et que bon nombre d’entre elles étaient situées en région rurale ou en milieu défavorisé. (Fait à noter, une très forte croissance a été observée dans les institutions financières parallèles, par exemple les prêteurs sur salaire, qui imposent des taux d’intérêt faramineux, souvent supérieurs à 500 %, calculés sur une base annuelle.) De plus, les communautés autochtones du Canada sont, elles aussi, mal desservies par les banques et les caisses d’épargne et de crédit, qui ne comptent que 54 succursales situés dans des réserves, alors que le Canada compte 615 collectivités des Premières nations.     

Comparons cette réalité avec la perspective d’étendre la prestation de services financiers dans les bureaux de poste, qui sont au nombre d’environ 6 400, dont 60 % sont situés dans des localités rurales. Comparons aussi cette réalité avec le fait que les bureaux de poste ont déjà de plus longues heures d’ouverture que les banques et qu’ils sont souvent ouverts six ou sept jours par semaine. De plus, en tant que société d’État ayant pour mission de servir le public, une banque postale pourrait fournir des services particuliers aux populations à faible revenu et aux communautés autochtones. Elle pourrait aussi faciliter le financement du logement social, comme le fait la Banque Postale de France. Voici ce qu’a déclaré l’Union postale universelle à ce sujet :

« Après les banques, les opérateurs postaux et leurs filiales du secteur des services financiers postaux constituent les principaux contributeurs à l’inclusion financière dans le monde, loin devant les institutions de microfinance, les organismes de transfert de fonds, les coopératives, les compagnies d’assurance, les opérateurs de services financiers mobiles et tous les autres prestataires de services financiers. »

Les exemples de pays qui se sont dotés d’une banque postale prouvent que, au Canada, une banque postale pourrait constituer une bonne solution de rechange en matière de services bancaires et verser de généreux profits dans les coffres du gouvernement. Prenons le cas de l’Italie, où 67 % des profits de la poste proviennent des services bancaires et assurantiels. En Nouvelle-Zélande, 70 % des profits de l’administration postale proviennent de sa banque postale, la KiwiBank.      

L’idée de mettre sur pied une banque postale n’est pas nouvelle, même au Canada. En effet, pendant cent ans, de 1868 à 1968, Postes Canada a exploité une caisse d’épargne. Puis, en 1981, date à laquelle Postes Canada est devenue une société d’État, son premier PDG, Michael Warren, avait soutenu que Postes Canada devait desservir les quelque 2 000 collectivités du pays qui ne comptaient aucune succursale bancaire. Aujourd’hui, Postes Canada fournit encore quelques services financiers, comme les transferts de fonds.      

Compte tenu du nouvel intérêt des conservateurs pour la défense des consommateurs, comme nous avons pu le constater dans le discours du Trône, tenu la semaine dernière, il semblerait logique que le maintien d’un bon service postal et le lancement d’une banque postale soient une priorité du gouvernement. En réalité, c’est exactement ce que souhaitent les consommateurs. À preuve, un récent sondage commandé par le STTP a révélé que 63 % des Canadiens et Canadiennes appuient l’ajout de services lucratifs à Postes Canada, notamment des services financiers. Pourtant, dans son discours du Trône, le gouvernement n’a fait qu’effleurer la question des services bancaires, déclarant vaguement qu’il allait tenter d’étendre le nombre de services bancaires gratuits. 

Pourquoi ne pas faire preuve d’une réelle audace et diriger Postes Canada vers une nouvelle ère de services bancaires améliorés destinés à la population du Canada? Le STTP a proposé une idée convaincante et solidement ancrée visant à servir la population, générer des revenus et créer des emplois. Mais la société d’État dit ne pas être intéressée à offrir un meilleur service à la population, ni à accroître ses revenus et à créer des emplois.

 

- Larry Rousseau, vice-président régional, Alliance de la fonction publique du Canada