Ils grandissent si vite : Frais de garde d’enfants dans les villes canadiennes 2015

Share This

Mardi 1 Décembre 2015

Ils grandissent si vite : Frais de garde d’enfants dans les villes canadiennes 2015David Macdonald et Thea Klinger

Sommaire

Aux dernières élections fédérales, la garde d'enfants a occupé une place centrale. Les partis fédéraux se sont fait concurrence en présentant chacun leurs solutions aux problèmes auxquels sont confrontés les parents de jeunes enfants. Les coûts élevés des services de garde dans de nombreuses villes constituent, entre autres, un problème majeur. Le présent rapport examine les frais de garde d'enfants applicables à trois catégories d'âge (les nourrissons, les tout-petits et les enfants d'âge préscolaire) dans 27 villes canadiennes, ainsi que les différents régimes de subvention qui réduisent ces frais et qui s'adressent aux familles à faible revenu.

Dans la ville où les frais sont les plus élevés, c'est-à-dire à Toronto, il est fréquent qu'un couple ayant deux enfants de moins de cinq ans paie 28 300 $ en frais annuels de garde d'enfants.1 Ce montant équivaut à 48 % du revenu moyen des familles après impôt dans cette ville, mais ces coûts élevés ne représentent qu'une partie du défi que doivent relever ces familles. Même lorsque les familles peuvent se permettre de payer un tel montant pour la garde d'enfants, elles doivent souvent faire face à de longues listes d'attente en raison du manque de places règlementées en garderie.

Les règlements sur la qualité et la sécurité des services de garde d'enfants déterminent également dans une large mesure quels sont les coûts du service, alors que la dotation représente une grande part de ce coût. Nous n'entendons pas ici que les salaires sont trop élevés. Les salaires des éducatrices/ éducateurs des services de garde d'enfants font partie des salaires les moins élevés, toutes occupations confondues. Les éducatrices/éducateurs des services de garde de la petite enfance qui travaillent à temps plein touchent, en moyenne, à peine plus de 25 000 $ par année, tandis que les gardiennes/gardiens d'enfants en milieu familial reçoivent à peine plus de 18 000 $ par année.

Si aucune autre subvention gouvernementale n'est octroyée, il est peu probable que les frais de garde diminuent ou que les garderies réussissent à accroître le nombre de places offertes en garderie. Des écarts considérables existent entre les villes canadiennes en ce qui concerne les frais payés par les parents pour la garde de leurs enfants, et ce, principalement en raison des différents régimes de subvention mis en place dans les provinces.

Dans les trois catégories d'âge, c'est à Toronto que les frais moyens de garde d'enfants sont les plus élevés parmi les 27 villes examinées. Dans toutes les catégories d'âge, les frais les moins élevés sont enregistrés à Gatineau, à Laval, à Montréal, à Longueuil et à Québec, puisque le gouvernement du Québec plafonne les frais et accorde des subventions pour les coûts excédant le plafond. Les provinces du Manitoba et de l'Île-du-Prince-Édouard ont aussi plafonné les frais, mais à des niveaux plus élevés.

En ce qui concerne les nourrissons de moins de 18 mois, les parents paient les frais moyens pour une journée de garde complète les plus élevés à Toronto, soit un coût mensuel de 1 736 $, suivi de St. John's (Terre- Neuve) où le coût mensuel est de 1 400 $. Dans les villes de Markham et de Vaughan (Ontario), les frais de garde de nourrissons sont de plus de 1 300 $ par mois. À 174 $ par mois, les parents de nourrissons fréquentant des services de garde dans les quatre villes du Québec examinées paient des frais 10 fois moins élevés pour recevoir les mêmes services dont bénéficient les parents de nourrissons à Toronto.

C'est aussi à Toronto que les frais de garde des tout-petits âgés de 1,5 an à trois ans sont les plus élevés, les frais moyens pour une journée complète de garde représentant un coût mensuel de 1 325 $. Au deuxième rang se classe la ville d'Ottawa, avec un coût mensuel moyen de 1 194 $, puis Vancouver où ces frais correspondent à un coût de 1 180 $ par mois. Le taux fixe du Québec de 174 $ par mois pour la garde des tout-petits est environ huit fois moins élevé que le taux appliqué à Toronto.

En ce qui concerne les enfants d'âge préscolaire de trois à cinq ans, c'est toujours à Toronto que les frais moyens les plus élevés sont facturés pour une journée complète de garde (1 033 $ par mois). Toutefois, dans cette catégorie, la plupart des villes ontariennes affichent des taux semblables (p. ex., 1 000 $ par mois à Markham, 987 $ à Ottawa, 981 $ à Vaughan, 977 $ à Brampton et Mississauga et 970 $ à London). Une fois de plus, c'est au Québec que les frais de garde d'enfants d'âge préscolaire sont les moins élevés parmi Frais de garde d'enfants dans les villes canadiennes toutes les provinces, un taux fixe de 174 $ par mois étant facturé. Dans cette catégorie d'âge, ce taux correspond à des frais de garde d'enfants six fois moins élevés que les frais facturés aux parents à Toronto.

Depuis l'année dernière, première année à laquelle le CCPA a comparé les frais de garde d'enfants dans les villes du Canada, les frais ont augmenté de 5 % en moyenne, c'est-à-dire cinq fois plus rapidement que l'inflation. Les frais de garde d'enfants dans les villes examinées au Québec ont augmenté de 14 % (22 $ en moyenne par mois) pendant cette période à la suite de la mise en place en 2015 d'un système davantage axé sur les revenus. La plus forte augmentation en dollars a été observée à Toronto, où les frais ont augmenté de 5 % (56 $ par mois) depuis l'année dernière. La ville de London affiche également une augmentation de 5 % des frais, tandis que les villes de Kitchener et de Windsor ont sensiblement diminué leurs frais de garde de 3 % par rapport à 2014.

Des subventions pour les frais de garde sont fournies aux familles à faible revenu dans toutes les provinces, sauf au Québec, où les frais sont plafonnés à un bas niveau pour toutes les familles. Ces subventions peuvent grandement réduire les montants versés par les familles pour la garde d'enfants.

Par exemple, pour une famille ayant un revenu annuel de 30 400 $ (soit le revenu moyen d'une famille avec enfants vivant dans la pauvreté), les frais subventionnés pour la garde d'enfants d'âge préscolaire sont de 87 $ par mois dans les villes de l'Ontario (le taux le plus bas), puis de 105 $ par mois à St. John's. Les frais subventionnés les plus élevés pour les familles de ce groupe sont ceux de Saskatoon (450 $ par mois) et de Calgary (396 $ par mois). Les villes de Halifax et de Regina affichent toutes deux des frais subventionnés de plus de 350 $ par mois. Dans certains cas, comme en Ontario, une famille admissible à la subvention ne reçoit pas automatiquement cette subvention.

Dans l'ensemble, les frais de garde d'enfants pour les familles de la classe moyenne sont moins élevés dans les provinces où ces frais sont réglementés et où l'écart est comblé par le financement de base des provinces. On observe donc de très grands écarts en ce qui concerne les frais de garde d'enfants dans les différentes villes canadiennes, des écarts qui frisent le ridicule lorsqu'on compare les frais de 987 $ par mois payés par les parents d'Ottawa pour la garde de leurs enfants d'âge préscolaire aux frais de 174 $ par mois payés par les parents de Gatineau, la ville située de l'autre côté de la rivière.

Le gouvernement fédéral pourrait contribuer par son leadership et des mesures de coordination à corriger ces déséquilibres en favorisant la création de près d'un million de nouvelles places en garderie et en augmentant les subventions gouvernementales.