Pourquoi modifier ce qui fonctionne bien? D’ailleurs, la privatisation ne règle jamais rien

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Vendredi 18 Mai 2018

Comme la plupart des personnes raisonnables, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) considère qu’une marge bénéficiaire sur les recettes de 1,8 % à Postes Canada est une excellente nouvelle. C’est en fait un résultat légèrement supérieur au seuil de rentabilité, qui donne des fonds additionnels à réinvestir dans le service. N’est-ce pas exactement ce qu’on doit attendre d’une société d’État? Bien entendu, la publication Motley Fool, fidèle à elle-même, écarte les idées reçues et fait une proposition peu orthodoxe, c’est-à-dire scinder et privatiser le Groupe d’entreprises de Postes Canada. C’est une idée saugrenue qui témoigne d’un manque de compréhension du fonctionnement du système postal. Cette proposition n’offre donc aucune idée constructive pour améliorer le service.

Alors que le STTP voit un potentiel d’expansion et d’amélioration des services offerts à la population pour régler les problèmes de surcharge des travailleuses et travailleurs des postes et pour assurer la viabilité à long terme du service postal public, William Ashworth, dans l’article « Would Investors Buy a Canada Post IPO? », publié dans Motley Fool, le 16 mai 2018, www.fool.ca/2018/05/16/would-investors-buy-a-canada-post-ipo/, voit des occasions d’affaires, du moins c’est ce qu’il croit.

Or, dissoudre les services et laisser à la population le soin de payer le coût des segments moins rentables feraient du tort à tout le monde avec le temps. Postes Canada doit plutôt réinvestir ses profits dans la croissance et s’adapter aux besoins changeants de la population pour assurer sa pertinence et sa viabilité à long terme. La ministre responsable de la Société canadienne des postes, Carla Qualtrough, l’a d’ailleurs dit en janvier dernier à la suite d’un examen intensif du service postal mené par le gouvernement fédéral en 2016. (www.canada.ca/fr/services-publics-approvisionnement/nouvelles/2018/01/le...)

De plus, ce serait faire fausse route que de scinder l’entreprise pour remplir quelques poches grâce aux segments rentables. La densité de livraison et les gammes de produits variées sont ce qui donne à Postes Canada une longueur d’avance dans le marché des colis et sur le plan écologique. C’est pourquoi Postes Canada a un énorme potentiel en matière d’innovation et d’expansion des services.

Les gens semblent d’ailleurs le comprendre. En 2014, un sondage a révélé que deux tiers de la population, qui est le propriétaire ultime de Postes Canada, s’opposent à la privatisation et à la déréglementation. De plus, près des deux tiers sont en faveur de l’amélioration et de la diversification des services, y compris l’ajout de services bancaires postaux. Depuis, le gouvernement fédéral a bien compris qu’il ne doit pas s’engager dans la voie de la privatisation.

Pour faire valoir son point de vue, M. Ashworth compare cette « occasion d’affaire » à la privatisation d’Hydro One en Ontario. L’attrait de cette mesure pour les investisseurs privés était tel que, depuis, nous avons assisté à des hausses de tarifs faramineuses et à des augmentations de salaire pour la haute direction, mais à aucune amélioration du service. Ce résultat risque même de faire tomber le gouvernement de Kathleen Wynne. Ce genre de proposition coûteuse pour les coffres publics, au profit de quelques investisseurs, on peut s’en passer.

Peut-être qu’il y a des investisseurs prêts à s’emparer de segments de Postes Canada et à risquer le démantèlement à long terme d’un service public cher à la population. Mais, comme tout le monde l’a clairement dit, à l’exception de M. Ashworth, Postes Canada n’est pas à vendre.

Pour en savoir plus sur les propositions du STTP à cet égard, consultez : https://www.sttp.ca/fr/campagnes-et-enjeux/examen-gouvernemental-de-post...

 

Mike Palecek
Président national