Déclaration du STTP sur les défenseurs du territoire Wet’suwet’en

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Mercredi 19 Février 2020

Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) salue les défenseurs du territoire Wet’suwet’en et souligne la bravoure et la noblesse de leur opposition face à la cupidité et à la destruction. Nous condamnons l’intrusion de la GRC en territoire non cédé et les actes d’intimidation qu’elle y a commise contre les défenseurs de la terre. L’entreprise TC Energy souhaite construire un gazoduc, le Costal GasLink Pipeline, long de 670 km, qui traverserait le territoire de la nation Wet’suwet’en et des régions sauvages intactes. Encore une fois, on permet à des grandes entreprises de saccager un territoire pour enrichir ses actionnaires et diviser les collectivités.

Le 6 février, aux petites heures du matin, la police, munie de fusils, d’équipement tactique (CBC) et de machinerie lourde (Tyee), est intervenue sans le moindre avertissement pour évacuer les manifestants. Elle avait aussi, comme l’a rapporté le Guardian, des armes semi-automatiques braquées sur les défenseurs du territoire. De toute évidence, la police et l’État canadiens sont les uniques auteurs des actes de violence commis sur le territoire Wet’suwet’en.

Comme l’a rapporté l’agence de presse internationale Pressenza, la GRC a arrêté des journalistes qui couvraient les manifestations et elle a tout fait pour prévenir la présence de témoins durant ses raids. Dans bon nombre de communautés autochtones, contrairement à ce qui prévaut dans la culture coloniale, les femmes sont respectées et honorées pour leur sagesse et leur leadership. Il n’est pas rare que la police cherche à isoler les femmes et les aînés dans le but de neutraliser ces principes ancestraux de respect et de dignité et pour provoquer des réactions susceptibles de justifier la violence policière. La GRC a essayé d’empêcher les gens de filmer son intervention au campement de la nation Wet’suwet’en. Quels autres actes immoraux cherche‑t-elle à cacher à la face du monde?

Partout au pays, des gens se lèvent. Ils en ont assez de l’héritage colonial qui, encore aujourd’hui, méprise les peuples autochtones et leurs territoires. Ce mépris s’inscrit dans la lignée des pratiques de longue date qui visent à effacer et à éliminer les valeurs et coutumes autochtones traditionnelles. Ces tentatives génocidaires varient au fil du temps, mais leur objectif reste le même. Il y a eu, entre autres, les programmes de stérilisation forcée, la violence, les bébés enlevés de force à leur mère, les pensionnats et l’incarcération catastrophique d’Autochtones, y compris un grand nombre de femmes. Bon nombre de ceux et celles qui résistent à la destruction de leur territoire et de leur culture sont condamnés à la pauvreté. Leurs langues ancestrales sont effacées, leurs rivières polluées. Et maintenant, à Wet’suwet’en, ils luttent non seulement pour leur survie culturelle, mais aussi et surtout pour le maintien de la vie sur terre.

L’intervention policière à Wet’suwet’en nous rappelle d’autres stratégies violentes mises de l’avant par l’État. Il suffit de penser à la crise d’Oka, pour ne nomme qu’un seul exemple. Il est temps de mettre fin à l’impunité de la GRC et du gouvernement. Il faut mettre un terme à leurs attaques contre des manifestations pacifiques dénonçant l’injustice et les invasions. Cette violence qui perdure depuis beaucoup trop longtemps ne peut plus être tolérée.

En tant que citoyens canadiens, nous devrions être préoccupés du fait que nous subventionnons l’industrie du pétrole et du gaz, une industrie qui détruit la planète pour réaliser des profits. Ce sont nos impôts qui paient pour l’équipement tactique des forces policières, pour les hélicoptères et pour le salaire des policiers envoyés dans les régions sauvages dans le but d’accaparer des territoires pendant que les banques et les grandes entreprises se remplissent les poches de la richesse dérobée aux peuples autochtones depuis des centaines d’années. Des armes et des fusils ont été braqués directement sur des manifestants pacifiques.

Les chefs héréditaires de la nation Wet’suwet’en réaffirment notre humanité. Leur engagement et leur bravoure sont une véritable source d’inspiration. Ils nous rappellent que la Terre mère n’est pas à vendre et qu’il y a des limites qu’on ne devrait pas franchir. Il s’agit de principes pour lesquels il vaut la peine de se battre. Le germe d’un monde meilleur et d’un avenir moins cruel se trouve aujourd’hui sur le territoire Wet’suwet’en, dans le cœur des défenseurs qui osent encore rêver d’un avenir différent et qui n’hésitent pas à défendre notre Terre mère en notre nom à tous.

Nous venons d’apprendre que la GRC a accepté de se retirer du territoire traditionnel non cédé de la nation Wet’suwet’en. Si cela s’avère être le cas, nous accueillons favorablement ce relâchement et la reconnaissance de la souveraineté des territoires traditionnels autochtones. Nous espérons l’établissement d’une nouvelle relation qui tiendra compte du passé tout en préservant les territoires ancestraux, et qui sera garante d’une existence paisible.

Arrêtons de criminaliser les communautés qui sont aux premières lignes de la lutte pour défendre le bien commun.